mardi 31 mars 2009
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lundi 30 mars 2009
La Compagnie des bras cassés - Anecdote II
Anecdote II : Heroes of Folish and Magic
- « Quand est-ce arrivé ?
- Il y a une heure de cela, à peine ».
Et c’est la qu’il lui expliqua tout. Il était tranquillement en train de lire un livre sur les collaborations runiques entre les flammes de la montagne blanche et les vagues de l’île Isidore, documentation très intéressante à une heure aussi tardive de la nuit, quand soudain il l’avait sentie. Ce fut très prononcé dans un premier temps, très profond, puis plus diffus, plus lointain. Il avait immédiatement tenté de percevoir l’envergure de cette perturbation. Après quelques secondes de concentration, il n’en apprit guère plus. Il ne pouvait pas identifier la source, ni l’alignement de celle-ci, mais c’était très puissant. Et tout proche. Cela s’était produit à Erose même, il en était certain. Il avait pu identifier aussi une certaine onde incontrôlable. Pour sûr que la brièveté de la perturbation et sa soudaineté démontrait un manque total de maîtrise. Encore un étudiant à la recherche de découverte qui s’était plongé un peu trop profondément dans une lecture de Van Houten ? Cela n’apparaissait pas être la bonne hypothèse à première vue, car l’école était restée calme. Et cela n’aurait pas été aussi soudain et intense. La préparation d’une évocation de Van Houten nécessitait un créneau arcanique plus long et plus linéaire. Un objet magique ? Impossible, une telle puissance enfermée en son sein aurait été détectée lors de son entrée dans l’enceinte de la ville. Et un tel objet n’avait pas franchi les portes d’Erose sans être annoncé depuis des lustres. Il n’y avait aucune explication cohérente et plausible à cette soudaine perturbation des champs arcaniques de sixième niveau. C’est pourquoi Juste Carré-Das, troisième chancelier de
Celui-ci avait verrouillée magiquement la porte de son bureau à une heure aussi tardive. Il devait dormir, mais Juste ne dû même pas s’en rendre compte. Désamorcer l’envoûtement d’une porte faisait partie des premiers sorts qu’il avait appris durant sa scolarité, aussi aujourd’hui ce sort se déclenchait instantanément dès qu’il avait une porte à franchir. Il s’était trop entraîné à l’époque, pour impressionner ses professeurs. Et depuis, lors de ses aventures il avait du le lancer un bon millier de fois. Et a présent son corps s’était tellement imprégné de ce sort et de magies en tout genre que pour lui, les portes étaient toujours « ouvertes ». Il était entouré de ce que l’on aurait pu appeler une « aura » arcanique, qui lui conférait de nobles avantages en plus des portes « ouvertes » : la pluie ne le mouillait plus, les torches et les lustres s’allumaient instantanément autour de lui, il « entendait » les pensées des gens… Tous ces étranges pouvoirs lui valaient d’être très respecté auprès des étudiants de l’Université.
Il entra donc dans le bureau du directeur qui se réveilla en sursaut, alerté par son hibou grand-duc.
- « L’as-tu sentie ? Demanda Juste encore enivré de la puissance de la perturbation.
- Senti quoi ? Balbutia son interlocuteur.
- La perturbation dans les champs arcaniques !
- Ne t’inquiète pas Juste, demain nous trouverons l’étudiant qui a joué avec un grimoire de Van Houten. Dit-il rassuré, et en se recouchant. Ce bon vieux Juste lui avait foutu une sacrée frayeur.
- Une perturbation de sixième niveau pour une « Vanite » (c’est une expression qui était couramment utilisée pour qualifier les évocations de Van-Houten), cela m’étonnerait ! Rétorqua-t-il.
- De sixième niveau dis-tu ? Dit-il en se relevant, intrigué et quelque peu perturbé. Quand est-ce arrivé ?
- Il y a une heure de cela, à peine.
- Comment est-ce possible ? Un magicien capable d’une telle puissance serait venu se présenter à l’Université dès son arrivée ! Bon ou mauvais ?
- Je n’ai pas pu le déceler, trop bref. Peu être une relique…
- Nous aurions senti son aura dès qu’elle aurait franchi les portes de la ville, tu le sais bien !
- Oui… c’est très étrange… dit Juste calmement en ressortant du bureau, tout en marmonnant.
Le vieux est peut être devenu fou, pensa le directeur. Il trouvait son comportement bizarre parfois, il pensait qu’il ne devait plus avoir toute sa tête, même si cela restait sans conteste un excellent magicien, et de surcroît ses apprentis s’avéraient souvent être les meilleurs à la fin de chaque cycle. Il ne devait plus trop avoir les pieds sur Terre (certes il lui arrivait parfois de léviter en marchant pendant quelques minutes).
- « Bon je verrais ça demain, il aura sûrement oublié qu’il est venu me voir ». Se dit le directeur.
Juste Carré-Das, quant à lui, essaya à nouveau de questionner les champs arcaniques, mais sans grand succès. Ils étaient redevenus calmes…
Le directeur pense peut-être que j’ai perdu la tête, hé bien il va être servi cette fois ! Pensa Juste. Et c’est à peine trois minutes plus tard que le directeur fit irruption dans son bureau comme il l’avait prédit, s’exclamant :
- « C’est la même signature ?
- Oui… ».
Le soleil était levé depuis une heure, et ils sentirent tout deux que les champs arcaniques devinrent brouillés. Une aura magique venait de pénétrer dans l’enceinte de la ville, sûrement un objet. C’est ainsi que le directeur se précipita dans le bureau de Juste pour lui demander s’il s’agissait du même phénomène que la nuit précédente.
- « Ce n’est pas aussi intense, mais c’est la même signature, assurément… ».
Juste entendit le directeur se dire : « Mince, il a eu raison cette fois, il est peut être pas si fou que… ». Ce dernier vit le chancelier le fixer avec un air content, et il comprit très vite qu’il avait omit de taire ses pensées, ce qu’il fallait toujours faire en présence de Maitre Carré-Das. Il se contenta de sourire d’un air niais, et il dit :
- « Je vais aller voir de quoi il en retourne ! » Cette phrase sonna un peu comme une excuse.
- « Laissez, laissez. C’est un de mes élèves qui possède l’objet, il va venir à moi de lui-même » dit Juste d’un air satisfait et hautain.
Comment peut-il en être sûr ? Pensa le directeur en sortant du bureau, non sans taire cette pensée cette fois.
Une vingtaine de minutes plus tard, la perturbation s’approcha de l’Université. Juste concentra son énergie arcanique autour de la perturbation, afin de la masquer aux étudiants qui n’auraient été que trop curieux s’ils l’avaient sentie. Juste était un brin égoïste en ce qui concernait les reliques, il voulait être le premier à voir cet objet qui avait pu autant perturber la magie depuis l’extérieur de la ville ! Il la senti s’approcher peu à peu, et lorsqu’elle fut suffisamment proche, sa curiosité l’emporta sur sa patience, et d’un coup de main sec il ouvrit la lourde porte de son bureau, pourtant a une bonne quinzaine de mètres de lui, à l’autre bout de son bureau. C’est là qu’il aperçu Marcus Frélian, un de ses élèves de troisième cycle – Ouah ! J’espère qu’il va nous apprendre comment on ouvre les portes à distance l’année prochaine ! – Il était accompagné d’une femme qui ne se disait absolument rien, ah ces moines, toujours à intérioriser leurs pensées, ils sont pénibles ! Et accompagné aussi d’un nain – Grmlf, j’aime pas cet endroit, des portes qui s’ouvrent toutes seules, ça sent mauvais. S’il essaie de me piquer mon œuf, je lui pourfends le crâne moi à ce « chef mage » ! Ah, il avait pensé « chef mage » ! Juste ne supportait pas qu’on l’appelle comme ça ! Marcus n’aurait pas pu lui dire que je ne suis pas un « chef mage » !! Mais ce soudain énervement de Juste se transforma très vite en une concentration hors norme. L’objet était la ! Dans le sac de ce malheureux nain ! Juste concentra toute sa magie et sa puissance sur le nain. Ce dernier ne sut jamais à quel point il fut pendant quelques minutes entouré d’une magie surpuissante et ultra destructrice. Il ne sut jamais que si Juste Carré-Das, troisième chancelier de
- « Que me vaut cette visite jeune apprenti ? Entama Juste ne voulant pas que son enthousiasme soit démasqué.
- Alors… comment lui annoncer… Bonjour Maître Carré-Das, troisième chancelier…
- Epargnez moi les formalités jeune Frélian, venez-en au but de votre visite !
- Ca y est il nous la joue autoritaire… pff sale « chef magicien » ! pensa le nain, qui ne sut pas non plus qu’il passa a cet instant précis a deux doigts de la mort par strangulation magique, heureusement que Juste était vieux, et que son petit doigt n’était plus aussi mobile que dans sa jeunesse.
- Désolé de vous importuner en cette belle matinée Maître, mais nous aurions besoin mes comparses et moi-même de connaître la nature d’une relique magique que nous avons…
- Montrez la moi ! Annonça Juste qui n’en pouvait plus d’attendre.
- Va mourir sorcier, tu toucheras pas à mon héritage !
- Vas-y montre lui Tordek, ne t’inquiète pas c’est un homme de confiance. Et dépêches toi, c’est un homme assez impatient ! »
Tordek grogna, tel un nain mécontent. Mais il s’exécuta, il sorti un œuf en mithril de son sac, et le montra de loin au magicien, le serrant de toutes ses forces. Il senti soudainement que l’œuf était comme attiré par le magicien, mais il ne voulait pas le lâcher.
- « Non ! Tu ne toucheras pas à mon héritage ! Tu peux toujours courir je le lâcherais pas ! »
Sur quoi Juste lui-même se mit à répondre à Tordek par la pensée. Bien entendu, aucun de nos comparses ne l’entendit :
- « Si tu ne lâches pas cet œuf, je te métamorphose en pigeon espèce de nain obtus !
- Oula ! T’en veux vraiment sorcier ! Tu tires de plus en plus fort hein ? Mais tu m’auras pas avec tes maléfices de jeune pucelle ! »
Il est vrai que Juste avait doublée l’intensité de son sort d’attirance. Mais le nain ne perdait pas prise, il s’accrochait à cet œuf comme un enfant s’accroche à son doudou.
- « Lâche ça !!!
- Par ma barbe je ne lâcherais pas ! » Malgré que l’œuf commençait à lui glisser des doigts sous la force d’attraction.
En fin de compte, ce fut le mage qui eut raison du nain, l’œuf s’envola vers le milieu de la pièce et s’arrêta.
- « Faites y attention quand même, c’est fragile. Dit le nain la main postée sur sa hache, et la barbe toute hérissée. Si tu y fais une égratignure, mon oncle m’en est témoin je te fend en deux ! »
Mais Juste n’entendit pas cette dernière pensée, il était trop occupé à étudier l’artefact. Il demanda par la suite à Marcus de lui raconter comment ils avaient pu mettre la main sur cet artefact. Marcus lui raconta leur périple, omettant volontairement d’évoquer leurs péripéties avec les gardes. Sauf que Juste entendit quant à lui toute l’histoire dans le moindre détail. Bah ils avaient tué quelques gardes, parfait, cela allait faire de Marcus un apprenti bien plus intéressant qui saurait dorénavant gérer son stress de magicien.
Par contre le vieux Anorfol avait bien caché son jeu ! Voila pourquoi cet objet n’avait jamais été découvert, il était enfermé sous terre ! Et dire que durant leurs entretiens avec le vieux nain, ce dernier lui avait juré ne posséder aucun objet magique. Ne jamais croire un nain, c’était une règle de base qu’il n’avait pas respectée. En tout cas cela expliquait pourquoi il avait sentie la perturbation venir de l’intérieur de la ville.
- « Et c’est alors que nous l’avons apparemment activé. Il y a eu une forte lueur verte qui s’en est dégagée et…
- Oui, j’ai ressenti une perturbation dans les champs arcaniques cette nuit. C’était donc cette relique… intéressant…
- Nous voudrions savoir comment il est possible de le désactiver, car je sais de source sûre que de mauvaises choses vont se produire suite à cette activation ». Dit la moine qui était restée muette jusque la, aussi bien par la parole que par la pensée. Juste attendit d’ailleurs quelques secondes pour voir si une pensée suivrait ces belles paroles, mais il n’en fut rien. Satanés moines…
- Oui je comprend votre crainte ».
Il venait d’analyser cet œuf sous tous les angles, réalisé toutes sortes de tests magiques dessus, mais il ne pu en déceler le pouvoir, comme si une sorte de bouclier magique le protégeait. Malheureusement Juste ne s’était jamais spécialisé dans l’étude des reliques, et il en faisait les frais aujourd’hui. Cela le vexa quelque peu. D’autant plus qu’il n’y avait plus de personne capable d’étudier un tel objet depuis plusieurs longues années au sein de l’Université Visible. Le dernier en date avait malheureusement été banni de l’Université car il s’essayait à la magie noire, il y a plusieurs longues années de ça. Maelstrom Ponticus était un magicien aussi puissant que Juste Carré-Das, ils avaient tout deux étudié plusieurs années ensembles durant leur jeunesse, ils étaient tout deux les nobles créateurs de l’Université Visible d’Erose. Quand ils atteignirent tout deux la perfection magique, et que Juste se concentra un peu plus au transfert de son savoir aux nouvelles générations, Maelstrom quant à lui voulu continuer a explorer tous les aspects de la magie, sa soif de savoirs magiques n’étant pas complètement assouvie. C’est alors qu’il se plongea dans l’étude des magies obscures pour parfaire sa connaissance. Il fut dès lors banni de l’université qui ne pouvait tolérer de telles pratiques en son sein. Maelstrom s’était donc retiré aux dernières nouvelles dans une tour, dans les montagnes au nord. Et Juste n’avait depuis lors plus aucune nouvelle de son ami, cela faisait quinze ans de cela. Mais comme lui, cela devait être un vieux monsieur aujourd’hui, qui était sans doute rongé par la magie obscure. Mais de temps en temps, des marchands itinérants affirmaient avoir aperçu un vieux monsieur non loin de cette tour, donc il devait être toujours en vie, et qui plus est il ne semblait pas agressif selon ces marchands. Juste se dit que cela pourrait être une bonne expérience pour ce jeune apprenti Marcus d’aller lui rendre visite. Il apprendrait comme cela la vie d’aventurier, et cela lui ouvrirait l’esprit, lui ferait découvrir le monde. Il n’en serait plus tard qu’un bien meilleur magicien. Et ce serait très formateur pour lui d’être confronté a la magie obscure… Oui cela ferait vraiment de lui l’un des meilleurs apprenti de son cycle. Et de surcroît, Juste se dit qu’il aurait au moins quelques nouvelles de son ami lorsque Marcus reviendrait. Et cela valait bien de risquer la vie de cet apprenti. S’il revenait vivant, ce serait le meilleur de son cycle, et il pourrait faire de lui son apprenti privilégié. Après tout il lui faisait donc une fleur.
- « Malheureusement je ne suis pas en mesure de vous éclairer plus sur cet objet
- Bon bin rend moi mon héritage alors, sorcier !
- Très bien maître… je comprends. Mince même le maître ne sait pas ce que c’est ! Je ne comprend pas c’est incroyable !
- …, » toujours aucune pensée ne sortait de l’esprit de la moine, même si Juste pu lire à cet instant de la crainte et une certaine déception dans ses yeux.
Le nain commença à se rapprocher de son œuf, la main sur sa hache.
- « fais pas de connerie sorcier… tout doux… Si tu me rend pas mon œuf, t’es mort ! »
Juste ne ressenti qu’un peu de dégoût face à cette créature des plus basique. Le vieux Anorfol était plus cordial dans ses souvenirs. Il lui rendit d’un coup de main son œuf. Il ne méritait même pas de mourir…
- « Aahahaha, le nain aura triomphé du sorcier ! Tarlouze de mage ! »
- Mais Maître, savez-vous où nous pourrions trouver quelqu’un qui soit en mesure de nous aider à élucider le mystère de cet œuf ?
- Oui, il y a quelqu’un. Mais méfiez-vous de lui en toute circonstances, vous ne pourrez pas lui faire confiance. C’est un ancien de l’Université qui a été banni pour utilisation de magie noire. Il s’appelle Maelstrom Ponticus, il vit dans une tour dans les montagnes au nord d’Erose.
- Oula mais ça a l’air plutôt dangereux cette histoire, et je risque de manquer de temps pour finir mon exposé sur l’effet entropique des possessions élémentaires sur les auras démoniaques dans le cadre des lois Van Houten - Nestaffé sur les invocations mineures ! Cela ne m’interresse pas d’y aller ! Maître cette mission a l’air très intéressante, mais pensez vous que je suis en mesure de…
- Allez sans crainte jeune apprenti, cela fera une très bonne initiation pour vous, et votre exposé pourra attendre.
- …comment il a su pour mon exposé ? Merci Maître.
- Vous avez encore beaucoup de choses à apprendre, et c’est une bonne occasion. Maintenant laissez-moi ! J’ai à faire ! Vous m’avez fait assez perdre de temps comme cela ! » Rétorqua Juste qui préférait rester sur cette dernière impression de mystère autour de lui, plutôt qu’ils les questionnent à nouveau sur cet objet, duquel il n’avait vraiment rien pu tirer. Il était assez vexé envers lui-même comme ça.
- Merci Maître, je ne vous décevrai pas. Je vais jamais y arriver !! C’est trop dangereux ! glups…
- Génial, on est tombés sur un sorcier qui n’y connais rien en magie… pff, même pas capable de justifier son salaire, escroc ! Pensa Tordek en sortant de la pièce.
Bon cette impression de mystère voulue n’était pas très réussie en ce qui concernait le nain.
Il fallait vraiment qu’il étudie de plus près cette race un peu primaire à ses yeux…
dimanche 15 mars 2009
Photos de l'Australie
La compagnie des bras cassés - Annexe I
Anecdote I : Back in Erose butchery.
(Au préalable de cette lecture, il faut lire les 3 premières parties de l'histoire de "la compagnie des bras cassés", disponible sur le blog de cheval! Cliquez ici ou à gauche sur son nom... allez, allez! Sinon plein de belles choses vont vous échapper! L'histoire est tellement bien ficelée que bon... hum...)
La matinée était pas mal. Le soleil était la, discret mais bien la, accompagné d’un petit vent frais matinal, ce petit vent frais qui vous caresse le visage alors que vous l’exposez au soleil.
Ouais c’était une belle matinée.
Même que les oiseaux s’étaient donné rendez-vous sur les toits des maisons pour accueillir l’arrivée du printemps dans un bordel pas possible ! Des étourneaux probablement. Ma fois, tant que ca masquait le gloussement de ces putains de pigeons. De vrais parasites ces pigeons, ca vous chiait dessus sans prévenir, ca vous piquait votre bouffe si vous la laissiez plus d’une minute sans « protection », et ca vous gloussait dans les oreilles toute la journée. Et un gloussement bien particulier juste après vous avoir lâchée une belle fiente sur l’épaule, en vous regardant avec leurs yeux vides et ineptes, d’un air de dire : « et ouais, je t’ai chié dessus… ». Fort heureusement, ils se cachaient ce jours la, surement par honte de ne pas savoir chanter comme ces étourneaux.
Ouais c’était une belle matinée.
Un son de cloche au loin. La voix mélodieuse des femmes qui discutaient dans la rue en allant acheter des patates, les bruits de pas des enfants qui galopaient dans la rue.
Ouais c’était une belle matinée.
- « Si ce con de nain ne s’était pas fait tuer hier, j’aurais probablement été de corvée de gardiennage des geôles de la caserne aujourd’hui. » pensait Arnoul.
Ouais c’était vraiment une belle matinée.
C’est du moins ce qu’il pensait jusqu'à ce qu’il rouvre les yeux.
Devant lui se tenait un jeune homme, qui avait le regard d’un chien abattu. Le genre de gars qui se lave les mains après avoir pissé. Avec son espèce de « manteau-cape » à capuchon, ses boutons d’acné sur le visage et ses mains tremblantes à l’idée de devoir adresser la parole à un représentant de la garde, cela ne pouvait être qu’un de ces catéchumène soi-disant sorciers qui apprenaient à l’école de magie comment se servir de leurs doigts pour allumer une torche sans briquet, ou bien comment on lis un livre en entier sans s’endormir. Que des trucs utiles. Et celui-là, il devait être en quatre ou cinquième année, car son visage commençait à avoir une forme humain, et aussi parce qu’il n’avait pas fui lorsqu’Arnoul avait ouvert les yeux, de peur d’être réprimandé.
- « Bonjour, j’aurais voulu savoir si, dans votre grande circonspection commune à tous les gardes de cette ville, il aurait été possible de pouvoir pénétrer – de la sueur commençait à perler sur son front – dans cette demeure ?
- T’es pas plus con qu’les autre non ? Tu sais lire, donc t’as surement dû voir c’panneau sur lequel y a écrit… ».
Telle une récitation apprise par cœur sur la profondeur de champ d’une lunette arcanique de deuxième niveau, il répondit :
- « DEFENSE D'ENTRER DURANT
- T’es perspicace nabot !
- Ah mais c'est-à-dire que cela m’arrange pas trop à vrai dire puisque je suis actuellement étudiant de troisième cycle de magie à l’Université Visible de la ville… »
« Merde, c’était pas loin ! » pensa Arnoul.
- « … et je devais rencontrer monsieur Anorfol pour une étude que je mène sur un œuf… sur un… pour parlementer avec lui de l'effet entropique des possessions élémentaires sur les auras démoniaques dans le cadre des lois Van Houten - Nestaffé sur les invocations mineures. ».
Cette phrase sortie comme une libération.
- « Ah alors c’est pour un cas de force majeure ! Fallait le dire ! On va peut être te laisser entrer alors ! » Répondit Arnoul, qui n’avait absolument rien compris de ce qu’avait rétorqué le grouillot.
Le visage du grouillot commença à s’éclairer. Il devait se dire qu’il n’était pas si mauvais que ca en diplomatie après tout.
- « Ou pas… »
Comme Arnoul s’y attendait, son collègue Caribert en poste devant la maison du nain allait se prêter au jeu ! Ils étaient du moins tous les deux sur la même longueur d’onde, ce grouillot n’allait pas s’en tirer sans quelques boutades.
Le grouillot se décomposa. Il s’adressa immédiatement à Arnoul.
- « Pourriez vous expliquer a votre collègue le cas de force majeure qui nous concerne, afin qu’il puisse me laisser entrer ? »
- Sinon quoi ? Une boule de feu va sortir de ton cul ?
- heu…. Probabl… non, enfin… les boules de feu ne sortent pas par… là… monsieur… » Répondit de manière déconcertée le grouillot.
- « Comment ? Tu oses reprendre un représentant de la loi ? Que dirais-tu d’aller tester tes diableries sur les rats des geôles de la caserne ?
- Ouais il parait qu’ils adorent ca ! ahahah… Tu vas bien t’entendre avec eux ! Ils sont très câlins !
- NON ! Je n’aime pas trop les rats… Mais comment dois-je procéder pour entrer… ?
- T’es sourd en plus ? On t’a dit qu’on ne laissait pas entrer les grouillots ! »
Arnoul regarda furtivement Caribert qui était à la limite de l’éclat de rire. Ils se comprirent, et dégainèrent aussitôt leurs armes, histoire de faire une petite frayeur à ce mage un peu trop téméraire. Et cela fonctionna plutôt bien, le mage déguerpi a grandes enjambées avant même que la lame de leurs épées ne soit visible. Quelle bande de bons a rien ces apprentis mages. Des trouillards qui se masturbaient devant leurs collections de grimoires en ruine. Celui la en tout cas ne reviendrait pas de si tôt. Il avait eu sa dose de frayeur pour le reste de sa scolarité. Cela avait été tellement facile de le faire fuir, mais tellement plaisant.
Ouais, cette matinée était de mieux en mieux.
Restais plus qu’à la fin de son service la belle Cynthia, la plus cochonne des filles de joie de la taverne de l’ours bourré soit disponible, et cette journée finirait en beauté.
Mais le destin en avait décidé autrement.
Une dizaine de minutes plus tard, un groupe vint troubler la beauté de cette matinée. Et quel groupe. Un nain hargneux et moche (quels nains n’était pas moches ?) qui se prétendait être le neveu du macchabé – Un prêtre, enfin plutôt Le prêtre le plus casse rouston de la ville, celui qui pouvait passer une journée entière à gueuler dans la rue que Saint Cuthbert punirait tous les pécheurs… merde il n’aime pas le poisson ce gars, et alors ? – Un demi-benêt, un bâtard qui devait encore penser qu’il n’avait récupéré que le meilleur des deux races – Une espèce de femme habillée en haillons et en bandelettes, surement une moine qui pensait que le seul endroit serein et calme de la ville se trouvait sur le toit de la maison du macchabé, comme par hasard ! – Et puis toujours ce grouillot trouillard qui avait sauté en opportuniste sur l’occasion de pouvoir entrer dans la maison avec ce groupe !
Merde laissez-moi profiter en paix de cette belle journée, pensa Arnoul.
Bof de toute manière que pouvait-il bien se passer en pleine nuit dans le quartier riche. Ca servait vraiment a rien de rester la, comme des cons, a rien faire au beau milieu du quartier riche, un quartier ou il se passait bien entendu rien du tout en pleine nuit.
Et voila comment Arthur et Agilmar se retrouvèrent devant la maison du vieux Anorfol, à discuter de la pression quotidienne qu’ils subissaient dans les rangs de la milice d’Erose.
C’est a ce moment la qu’ils aperçurent au fond de la grande rue des lueurs de torches qui se rapprochaient.
- « On doit déjà être relayés ?
- Bin non, le capitaine a dit qu’on y avait droit jusqu'au lever du soleil parce qu’on est des bons a rien… » Cette phrase sonna comme un reproche d’après le timbre de sa voix.
- « Il a peut être eu des regrets… » Bizarrement, aucun de nos deux compères ne cru cette affirmation.
- « Tu crois vraiment que le capitaine puisse avoir des regrets ?
- Grmlf… Mais… chut ! »
Un long silence s’ensuivi.
- « T’as pas entendu un grincement ?
- Non… par contre c’est bizarre ces gars la bas ils avancent vraiment sans bruits. On les entend même pas marcher.
- Ca doit encore être ces foutus prêcheurs itinérants du monastère de Saint Cuthbert qui font une marche silencieuse, pour faire pénitence… Tu te rappelles, c’est comme la dernière fois ou on avait dû faire taire l’un d’entre eux qui gueulait en pleine nuit.
- ah ouais tu m’avait raconté, mais j’étais en permission c’te fois la.
- Chuuut !... t’as pas entendu c’te fois ? »
A nouveau un long silence d’outre tombe.
- « Laisse tomber, quand ils seront la on leur dira d’aller prêcher la bonne parole à l’ours bourré. »
Mais Agilmar était sûr que le grincement était bien plus proche.
Cependant ils se remirent à parler de leurs problèmes au sein de la milice. Quelques minutes plus tard, il y eu un petit cri strident venant de la maison abandonnée a coté.
- « Putain, cette baraque doit être infestée de rats.
- C’est clair. Depuis le temps qu’elle est abandonnée.
- Bah de discuter de notre solde, moi ça me donne envie de pisser. Je vais faire ça dans la ruelle, là. »
Il fut très surpris de constater qu’un épais brouillard venait de se lever de ce coté de la maison, étrange vu que le temps était assez sec depuis quelques jours.
- « Ho mais c'est quoi cette merde de purée de pois ? J'vais de l'autre côté. »
Et c’est à cet instant que les torches au loin s’éteignirent.
- « Hé t’as vu, les prêcheurs se sont barrés !
- Normal avec ta sale gueule t’as dû leur faire peur ! Héhé…
- Pfff, allez va pisser et tais toi faquin ! »
Ce qu’il fit prestement. Et à son retour le brouillard avait disparu.
- « Merde le temps se détraque ou quoi ? Y avait pas un brouillard y a deux minutes ?
- Un rat a dû péter trop fort ! »
Et ils éclatèrent de rire. Et reprirent de plus belle leur discussion sur leurs problèmes de miliciens.
C’est une vingtaine de minutes plus tard que leur nuitée fût perturbée par une lourde explosion derrière eux, dans la maison du vieux nain. Une grosse détonation qui fit vibrer le sol et les murs de la maison. Les vitres de la fenêtre de l’étage volèrent en éclats qui leur tombèrent dessus. Une pluie de verre qui leur entailla les mains. La surprise les firent se jeter au sol, le ciel leur tombait sur la tête.
- « PUTAIN DE MERDE ! C’était quoi ça ? »
Agilmar alla très vite constater les dégâts sur le coté de la maison, d’où s’échappait une épaisse fumée noire. C’est la qu’il vit la corde tendue entre les deux maisons. Il entendit aussi des voix en panique qui venaient de l’étage.
- « Putain y a des gars à l’intérieur ! La maison se fait cambrioler sous notre nez !
- Et merde vite faut aller les intercepter, sinon le capitaine va nous tuer !
- Vite vite vite !! »
Ils ouvrirent la porte de la maison, non sans difficultés, tellement leur pouls s’était emballé. Arthur ne réfléchi pas trop, il se jeta dans les escaliers pour monter à l’étage, sa lourde épée en main. Derrière lui, Agilmar vit la femme lui tomber dessus dans les escaliers. Fort heureusement, elle avait raté son coup, et Arthur leva son épée bien haut pour lui assener un coup fatal. Il ne pu même pas achever son geste qu’une espèce de boule de lueur vive vint le frapper entre les omoplates. Laissant une grosse tâche noire et roussie dans son armure matelassée. Il ne pu même pas se reprendre qu’un homme fit irruption devant lui, et lui trancha la poitrine. Une gerbe de sang éclaboussa le sol de l’escalier. Arthur s’effondra sur les marches. Ces dernières prirent feu contact de la torche qu’Arthur venait de lâcher. Merde mais ils sont combien la haut, pensa Agilmar !! Barre toi de là en vitesse mon vieux Agilmar sinon tu va finir comme Arthur ! Et sur cette belle pensée philosophique, il prit ses jambes à son coup pour aller chercher de l’aide ! C’est quelques mètres après le pas de la porte qu’il entendit un bruit sourd derrière lui. Tout en courant il regarda derrière lui pour vérifier s’il était suivi ou pas. Et à cet instant une énorme douleur lui parcouru tout le bras jusqu'à l’épaule. Il venait d’être touché par une flèche, cette dernière étant complètement plantée dans son épaule. Cela le fit trébucher, mais il se releva vite, la peur de mourir était suffisamment intense pour décupler ses forces. C’est avec horreur que la seconde qui suivi il aperçu une flèche toute bleue provenir de l’intérieur de la maison pour venir frapper l’homme qui avait tiré la flèche. Malheureusement pour Agilmar, cette flèche bleue ne s’arrêta pas, et elle vint finir sa course dans son avant bras déjà en sang. Il ne comprenait pas trop ce qu’il se passait. Manifestement des personnes étaient aussi là pour l’aider, la femme qui avait sauté sur Arthur gisait au sol, et l’homme qui l’avait achevé était a terre sur ses genoux, se tenant le bras en grimaçant de douleur. Il n’allait finalement peut être pas finir comme Arthur. Et c’est la qu’il vit que le nain qui avait achevé la femme s’approchait de lui. Sûrement un ami du vieux nain défunt qui ne supportait pas que l’on cambriole cette maison. Mais ils sortaient d’où tous ces gens ! Agilmar laissa le nain s’approcher, pensant qu’il venait l’aider à arrêter l’hémorragie qui lui avait maintenant couvert la main de sang. Malheureusement, la dernière chose qu’il vit de ce monde, ce fut une hache plantée dans son torse, et des gerbes de son sang qui s’écoulaient sur le sol.
Puis tout devint noir.
Arnoul était sur le point de se coucher à la caserne, après cette journée de merde. En effet, à la fin de son service devant la maison il était allé à la taverne de l’ours bourré, pour se taper la belle Cynthia avec ses économies du mois. Mais il y avait retrouvé le capitaine Actarus déjà en possession de la belle. Il s’était fait renvoyer aux geôles, pour surveiller un « éminent » criminel qui avait volée une pomme sur un étalage. Et voila une nouvelle après midi à compter les rats et les pierres abimées de la geôle… En repensant à l’humiliation subite devant la belle Cynthia… Et la il fallait aller se coucher au beau milieu d’un dortoir rempli de ronfleurs professionnels.
Quelle journée de merde.
Et à peine les yeux fermés, le capitaine Actarus entra en trombe dans le dortoir en gueulant :
- « REGIS, ARNOUL, HUBERT ! AVEC MOI AU PAS DE COURSE ! »
Même la nuit s’annonçait pourrie.
Et voila, en pleine nuit, il fallait courir. Une explosion s’était produite dans le quartier riche. Et quelle surprise en voyant la maison du macchabé encore fumante, les vitres explosées. Ce satané nain, même mort, était manifestement plus efficace pour protéger sa maison que les gardes. D’ailleurs merde, ils étaient où les gardes ?
- « Ces deux cons vont m’entendre demain s’ils ont abandonné leur poste ! » maugréa le capitaine.
Ce dernier fit des gestes à Arnoul et Hubert pour leur indiquer d’entrer dans la maison et de monter voir ce qu’il en était à l’étage. La porte était ouverte, ils entrèrent tous.
- « Oui c'est bien là, regarde les corps... il serait étonnant que les criminels soient encore là, mais on ne sait jamais. Séparons-nous pour fouiller cette maison! » Annonça le capitaine. Les deux gardes au sol étaient bel et bien morts. Ils baignaient dans leur sang, ils avaient du être sauvagement massacrés.
Arnoul et Hubert se précipitèrent à l’étage, non sans crainte d’y trouver un monstre exterminateur. Merde les deux autres s’étaient fait massacrer, il fallait faire gaffe. A l’étage, tout était détruit, un mur était tombé, les vitres avaient été soufflées, et des morceaux de coffre étaient plantés un peu partout dans les murs encore debout. Et des pièces d’or éparpillées partout par terre ! Finalement c’est peut être mon jour de chance, pensa Arnoul, qui commença à vouloir en ramasser quelques-unes. Hubert le retint immédiatement en lui soufflant à l’oreille qu’ils allaient se retrouver de corvée de geôle pendant un mois si le capitaine s’en apercevait. Et repensant à cette merveilleuse après midi qu’il avait passée à se lire les lignes de la main tout seul, Arnoul se ravisa en soupirant. Ils regardèrent autour d’eux à la lueur de la lampe, mais il n’y avait pas âme qui vive, ni même de morceau d’homme éparpillé. Le coffre avait peut être pété tout seul après tout. Quoi que… par la fenêtre qui donnait sur le coté de la maison, il y avait une corde tendue vers la maison d’en face. Les cambrioleurs tuent des gardes maintenant ? Putain il ya plus de respect envers l’ordre de nos jours ! Au moment de regarder de plus près cette corde, Arnoul entendit un « Tu te fous de ma gueule ? » venant du rez-de-chaussée. C’était la voix de Régis, mais la tirade ressemblait plus à du « capitaine ». S’ensuivi un bruit de craquement. Un peu comme la fois ou Arnoul c’était tapée la grosse Martine toujours a l’auberge de l’ours bourré (et oui cette fois la, il n’avait pas assez d’économies pour Cynthia, il avait du se rabattre sur la grosse Martine, et il en était pas très fier), et qu’elle s’était mise sur la table, qui avait croulée sous son poids. Oui, c’était le même bruit de craquement. Mais alors… Ce serait Martine qui était la à cambrioler la maison ? Non elle n’aurait jamais pu tenir sur la corde. Impossible. Mais fichtre, cela devait être quelqu’un d’énorme ! S’ensuivi un échange de paroles entre le capitaine et Régis, qu’ils entendirent mal. Mais il y eu une voix de femme, Arnoul en était certain. Elle avait dit un truc du genre qu’elle faisait tomber des plats parce qu’ils étaient foutus… Arnoul ne voyait pas le rapport avec le cambriolage mais bon. Tout se recoupait, cela ne pouvait être que la grosse Martine. Il devait en avoir le cœur net. Car si Martine se retrouvait aux geôles, cela égaierait surement ses prochains jours à la caserne. Pendant qu’ils descendaient l’escalier avec Hubert, il y eu un bruit de combat, et d’un corps s’abattant lourdement sur le sol. Il faut dire que la carrure de Martine lui conférait surement suffisamment de force pour assommer ou tuer quelqu’un ! Arrivé en bas, Hubert dit :
- « Bordel, Régis et le Capitaine sont allés tous les deux dans la cuisine, et y a plus aucun bruit maintenant.
- Sûr qu'il y a un putain de guerrier là dedans. Moi j'y vais pas tout seul. »
Il ne voulait pas paraitre idiot en parlant de Martine, et surtout il ne voulait pas que ces exploits s’éventent.
- « Ptetre un troll ou un truc dans le genre. Bon, je vais aller chercher des renforts, toi garde la maison et assure toi que personne en sort! »
Hubert se trompait, Arnoul le savait. Même si Martine ressemblait effectivement à un troll. Et il ne voulait surtout pas se retrouver à nouveau face à elle, il gardait un plutôt très mauvais souvenir de sa dernière expérience avec elle.
- « Non non non, je viens avec toi moi, je reste pas tout seul dans le coin avec je sais pas quoi. »
Ou avec Martine…
Nos deux gardes prirent leurs jambes à leur coup pour aller prévenir les copains de la garde.
Oui, la nuit était bel et bien pourrie.
Quatre gardes abattus, c’était une vraie boucherie comme il n’y en avait pas eu depuis longtemps à Erose.
Quand ils revinrent un quart d’heure plus tard avec la moitié des gardes de la ville, tout était calme dans la maison. Plus aucune trace de Martine, ou d’un quelconque troll. Il ne restait que trois cadavres, dont deux sauvagement massacrés, baignant dans leur sang. Le capitaine avait aussi été assassiné. Et le quatrième garde n’était quant a lui pas complètement mort. Salement amoché, mais pas mort. Il respirait encore, inconscient. Le docteur de la garde était aussi venu, il s’occupa de lui prestement. A priori rien ne maquait dans la maison, les pièces d’or n’avaient même pas été emportées. Quel cambrioleur pouvait se barrer sans les pièces d’or ? Fallait être con ! Surtout après avoir fait péter le coffre et tué trois gardes ! Arnoul était déconcerté. Toute cette boucherie pour rien. Pourquoi Martine aurait-elle fait ça ? Arnoul préféra garder ça pour lui, personne ne le croirait de toute manière. La corde tendue entre les deux maisons fut récupérée, et la maison abandonnée d’en face fouillée. C’était un vrai pro qui avait fait le coup, la porte d’entrée n’était même pas fracturée et était fermée de l’intérieur. Il avait même détruite l’échelle qui montait à l’étage pour pas que l’on puisse le suivre ! Ca ouais, c’était un vrai pro, avec deux gardes en faction en plus pour surveiller… Martine cachait bien son jeu.
Et voila comment passer une nuit de merde, a chercher des indices et a ramener les cadavres des collègues a la caserne. Finalement, au bout de plusieurs longues heures de merde, Arnoul décida de retourner se coucher jusqu’au lever du soleil. Il ne lui restait pas beaucoup de temps, mais ce serait déjà ça. Car il sentait que le lendemain serait un branle bas de combat dans toute la caserne. Encore une journée pourrie en perspective.
Et c’est le sous capitaine qui vint réveiller tout le dortoir aux aurores.
- « Bon les gars, le capitaine étant décédé cette nuit, c’est moi qui prend la relève ! Alors au boulot bande de fiottes !! Me faut deux gars pour la relève de la maison d’Anorfol ! Pour les autres, il y a les entrées de la ville, la recherche d’indices, les questions au voisinage, les geôles et les chiottes !! Alors grouillez-vous bande d’incapables ! »
Et voila tous les gardes, se croyant encore dans leurs cauchemars, qui se levèrent péniblement.
- « ARNOUL ! »
Merde je vais avoir droit aux geôles, se dit-il.
- « Oui mon capitaine !
- Tu remplaceras le sergent Régis qui nous a quitté aussi hier soir. Bravo, tu es maintenant sergent ! Puisse-tu mourir dans d’atroces souffrances comme lui ! »
Puis le nouveau capitaine repartit aussi vite qu’il était arrivé, laissant derrière lui un Arnoul complètement décomposé. Prendre des décisions ce n’était pas trop son truc, puis être toujours en première ligne pour se faire engueuler par le capitaine ne l’enchantait pas trop. Et merde j’ai rien demandé moi, se dit-il. Il ne pensait pas que cette journée pourrait être plus pourrie que la précédente, mais cela apparaissait bien engagé… Bof au moins il n’irait plus compter les tâches de vin sur la table des geôles.
Bon en tout cas, il n’avait toujours pas reçu d’ordres pour son nouveau job. Du coup il se dit qu’il méritait bien une petite pinte de bière, histoire de noyer son malheur dans l’alcool. Avec un peu de chance, le capitaine le choperait en train de picoler, et il reviendrait sur sa décision de le nommer sergent. Et donc il partit le pas pesant jusqu’a taverne de l’ours bourré. Il s’assit au comptoir, complètement abattu.
- « qu’est c’que j’te sert l’avorton ? Demanda le tavernier.
- Comment tu parles à un sergent de la garde espèce de vaurien ! »
Finalement, ça pouvait avoir du bon d’être sergent. Le tavernier, décontenancé devant tant d’autorité, se fit tout petit, et lui proposa de lui offrir des verres pour s’excuser, visiblement troublé par l’annonce. Putain n’importe qui est promu chef de nos jours, pensa-t-il.
Puis une main délicate vint se poser sur l’épaule d’Arnoul.
- « Bonjour sergent… »
Il se retourna comme l’éclair, et son sang ne fit qu’un tour. Sa gorge se fit sèche instantanément. Et son corps se raidit. Il n’avait jamais vu Cynthia d’aussi près. Et elle était tellement belle. Et elle avait un décolleté plongeant des plus fantastiques et surnaturels. Sa bouche s’ouvrit et se fit béante. Il se serait bien jeté la tête la première dedans.
Voyant qu’il restait bloqué sur son décolleté, la belle lui releva la tête.
- « tu les veux ? »
Elle s’approcha de lui et lui susurra à l’oreille :
- « Si tu m’offres un verre, tu m’auras toute entière. »
Et elle se rapprocha encore en collant son front contre sa tempe et en poussant un petit soupir de plaisir. Arnoul se figea de plus belle, ses aisselles se firent moites, des goûtes de sueurs froides perlèrent entre ses omoplates et sa bouche devint complètement sèche. Ca à du bon finalement d’être sergent se dit-il. C’est à ce moment là qu’il aperçu Martine au fond de la taverne en compagnie d’un soudard. Une table allait souffrir avant midi. Mais il se dit qu’il allait la laisser tranquille pour le moment, après tout il lui devait beaucoup. Si elle n’avait pas cambriolée cette maison cette nuit, et tué ces gardes, il ne serait pas sergent à l’heure actuelle, et il n’aurait pas Cynthia entre les jambes.
C’était une belle matinée, qui annonçait une très belle journée…